Pensée

Et le frère du fils prodigue alors ? - Benjamin

C’est toujours du fils prodigue dont on parle. D’ailleurs, c’est « l’histoire du fils prodigue », et son frère joue le rôle du râleur de première, qui ne pense qu’à lui.

Voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras ! (Luc 15:29-30)

À nos yeux, la revendication du frère aîné est légitime, car la justice humaine voudrait que l’honneur revienne à celui qui a été le plus fidèle à son père. Seulement, aux yeux de Dieu, c’est différent. Cette histoire est une des plus belles illustrations de la grâce divine.

Dieu nous laisse un héritage : la vie. Il donne à chacun le libre arbitre de gérer sa vie comme il le souhaite.

Jeune homme, réjouis-toi dans ta jeunesse, livre ton cœur à la joie pendant les jours de ta jeunesse, marche dans les voies de ton cœur et selon les regards de tes yeux ; mais sache que pour tout cela Dieu t’appellera en jugement. (Ecclésiaste 11:9)

Dieu, qui est un Père, ne cherche pas la mort de son jeune fils, mais préfère qu’il revienne à lui et se repente, plutôt que de rester dans sa misère et de mourir.

Dis-leur : Je suis vivant ! dit le Seigneur, l’Éternel ; ce que je désire, ce n’est pas que le méchant meure, c’est qu’il change de conduite et qu’il vive. Revenez, revenez de votre mauvaise voie ; et pourquoi mourriez-vous, maison d’Israël ? (Ézéchiel 33:11)

Nous pouvons tous jouir du pardon et de la grâce de Dieu sans limite. Aussi, le frère du fils prodigue, qui est resté auprès de son père, jouissait, lui aussi, de l’abondance de la grâce.

Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, a été manifestée. (Tite 2:11)

Quel est le problème du frère du fils prodigue ? Il y en a plusieurs. D’abord, la jalousie : elle vient de la comparaison que nous faisons avec les uns et les autres. Lorsqu’une personne nouvelle vient dans l’église, qu’elle est guérie instantanément par le Seigneur pour lui prouver qu’il existe, alors que nous, nous demandons la guérison depuis des années sans rien recevoir, la jalousie naît et nous entraîne dans la haine du frère (pensons à Caïn et Abel, Genèse 4).

Ensuite, l’égoïsme : au lieu de se réjouir pour son frère revenu, il va penser à ce que lui aurait dû avoir. Cette vision sur soi amène à une propre justice : « il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres » (Luc 15:29). « Et moi, je suis un chrétien de cette église depuis vingt ans, sans jamais louper une seule réunion, sans jamais avoir tué, volé, fumé… » J’entends Job :

Je suis innocent, et Dieu me refuse justice… j’ai raison, et je passe pour menteur ; ma plaie est douloureuse, et je suis sans péché. (Job 34:6)

Dieu pourrait vous répondre comme il a répondu à Job :

Anéantiras-tu jusqu’à ma justice ? Me condamneras-tu pour te donner droit ? As-tu un bras comme celui de Dieu, une voix tonnante comme la sienne ? (Job 40:8-9)

Dieu est un Dieu redoutable. C’est un Père ; mais lorsqu’il est remis en question dans son rôle de père, il est un feu dévorant. Nous ne pouvons pas nous permettre de remettre en question ses actions, car il est souverain, et sa grâce est si grande à notre égard que c’est une provocation honteuse de notre part.

Il accorde, au contraire, une grâce plus excellente ; c’est pourquoi l’Écriture dit : Dieu résiste aux orgueilleux, mais il fait grâce aux humbles. (Jacques 4:6)

Ces deux problèmes amènent le frère aîné — qui a reçu l’héritage en même temps que le jeune (Luc 15:12 : « Et le père leur partagea son bien ») — à ne pas vivre dans la grâce de la maison de son père. C’est pourquoi son père va lui donner cette simple réponse, à laquelle son fils aîné ne pourra rien rétorquer : « Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi » (Luc 15:31).

En vivant dans la mentalité de la loi, il passe à côté de l’abondance de la grâce qu’il a devant lui, autour de lui. Alors, en lisant ces quelques lignes, pensez-vous être comme le fils prodigue, qui reconnaît sa misère, son péché, et ose profiter de la grâce que le Père est prêt à donner à nouveau ? Ou êtes-vous le frère du fils prodigue, qui peut jouir de la grâce de Dieu chaque jour, mais qui critique et envie son frère en pensant être dans la justice de Dieu ?

Dès aujourd’hui, changez votre manière de voir la grâce de Dieu. Ce n’est pas en fonction de ce que nous faisons, mais c’est uniquement une attitude de cœur. Ce n’est pas un rôle à jouer vis-à-vis de Dieu et de l’église, mais c’est une relation intime, personnelle et sincère avec Dieu, qui vous donnera d’être épanoui spirituellement.

C’est pourquoi les héritiers le sont par la foi, pour que ce soit par grâce, afin que la promesse soit assurée à toute la postérité, non seulement à celle qui est sous la loi, mais aussi à celle qui a la foi d’Abraham, notre père à tous. (Romains 4:16)

Benjamin Lamotte