Le philosophe danois Søren Kierkegaard a écrit, en 1849, un livre intitulé « La maladie à la mort ». Il y définit le « péché » selon ces termes : pécher, c’est chercher à devenir soi-même, à acquérir une identité en dehors de Dieu. Qu’est-ce que cela signifie ? Tout le monde tire son identité — ce sentiment d’être distinct et d’avoir de la valeur — d’un lieu, de quelqu’un ou de quelque chose. Kierkegaard affirme ici que les êtres humains ont été faits pour centrer leur vie sur Dieu avant tout autre chose, et pour construire leur identité sur lui. Se comporter autrement, c’est pécher…
En fait, lorsque nous pensons au mot « péché », la plupart d’entre nous avons tendance à le définir comme étant la violation des lois divines ; mais Kierkegaard sait que le tout premier des Dix Commandements est : « Tu n’auras pas d’autre dieu que moi » (Exode 20:3). Par conséquent, selon la Bible, la première définition du péché, ce n’est pas l’accomplissement d’actes mauvais, mais la transformation de bonnes actions en idoles ! C’est chercher à construire notre identité en prenant, pour centre de ce qui nous importe ou de ce qui nous rend heureux, autre chose que notre relation avec Dieu.
Dans le film « Les Chariots de feu », l’un des personnages principaux explique pourquoi il s’entraîne aussi dur pour participer à la course de 100 m aux Jeux Olympiques. Il déclare qu’à chaque fois qu’une épreuve commence, il n’a que 10 secondes pour justifier son existence. Cet homme considère l’exploit sportif comme sa raison d’être, seul capable de donner un sens à sa vie.
Kierkegaard nous livre la même remarque. Toute personne doit trouver un quelconque moyen de justifier son existence et d’éloigner la peur universelle d’être un bon à rien… Dans la culture individualiste de notre époque, le sentiment d’avoir une valeur et une identité provient généralement de nos réussites, de notre statut social, de nos talents, ou encore de nos relations amoureuses. Parfois, notre travail doit ainsi supporter le fardeau de justifier notre existence, et doit également nous donner l’illusion que nous contrôlons notre vie, notre mort et notre destin. Le ou la personne aimé(e) peut également devenir, pour quelqu’un, l’idéal divin en qui cette personne réalise sa vie. Les besoins spirituels et moraux de cette personne se trouvent alors concentrés sur un seul individu. D’autres personnes trouvent leur valeur dans l’acquisition et l’exercice du pouvoir ; d’autres, dans l’approbation des hommes ; d’autres encore, dans l’auto-discipline et la maîtrise de soi. Quoi qu’il en soit, chacun construit son identité sur quelque chose !
En définissant ainsi le péché, nous pouvons voir qu’il est capable de nous détruire personnellement. L’identité en dehors de Dieu est instable. Sans Dieu, le sentiment d’avoir une valeur peut sembler solide en apparence, mais en réalité il ne l’est pas : il peut nous abandonner en un instant. Le pasteur Timothy Keller prend l’exemple de la personne qui construit son identité sur sa qualité de « bon père ». En réalité, cette personne n’a pas de véritable « moi » : elle est un parent, rien de plus. Si ses enfants se mettent à suivre une mauvaise pente, ou si leur éducation est un échec, cette personne sera totalement désemparée, et son « moi » disparaît.
Beaucoup de personnes ne veulent pas l’admettre, mais une vie non centrée sur Dieu mène au vide. En fait, construire notre vie sur un autre élément que Dieu nous fait même souffrir. Cela peut paraître effrayant, mais rappelons-nous que si nous vivons pour notre carrière et que nous ne la réussissons pas, nous aurons en nous, toute notre vie, l’impression d’être un raté. Si je vis pour mes enfants et qu’ils prennent une mauvaise voie, je risque d’être torturé par l’impression d’être un bon à rien… Mais si Jésus est le centre de ma vie et mon Seigneur, alors lui me pardonne quand je chute ; et la Bible nous dit que « quiconque croit en lui ne sera point confus » (Romains 10:11). Mettre notre identité et notre confiance en Dieu est le vrai gage de la stabilité et de la sécurité.
Une prière pour aujourd’hui
Seigneur, tu connais mon cœur mieux que moi-même. Je te prie de me révéler toute idole dissimulée dans mon cœur, dont je n’ai peut-être même pas conscience, mais qui fait que ma vie est construite sur une chose qui est, pour moi, source de tristesse et d’amertume quand les événements ne se déroulent pas comme je le désire. Je veux bâtir ma vie sur toi, sur le fondement de ta Parole. Ainsi, je ne serai pas confus, comme tu me le promets dans ta Parole, et ma joie et ma paix ne dépendront pas des circonstances.
David Gay