Enseignement

Le séjour de l’apôtre Paul à Chypre

Barnabas et Saul, ayant remis aux anciens de l’Assemblée de Jérusalem la collecte des chrétiens d’Antioche, revinrent dans cette dernière ville. Mais ils n’étaient pas seuls. Un jeune chrétien de Jérusalem les accompagnait ; c’était Jean, surnommé Marc, le fils de Marie chez qui Pierre s’était rendu en sortant de prison, et qui était aussi neveu de Barnabas.

L’assemblée d’Antioche, composée pour la plus grande partie de païens convertis, était riche en ouvriers du Seigneur. Il y avait là des prophètes et des docteurs ; les uns révélant les pensées de Dieu, les autres les exposant et les développant de manière à instruire les fidèles.

C’est Christ qui, étant monté au ciel, donne ainsi des hommes propres à accomplir son œuvre de grâce. Il a commencé par s’offrir Lui-même en sacrifice pour les pécheurs ; Il a remporté la victoire sur le diable, le péché, la mort et le monde, puis, étant ressuscité, Il est monté au ciel. Et maintenant, pour annoncer le salut aux pécheurs perdus, Il donne des évangélistes ; pour instruire et édifier ceux qui ont cru et font ainsi partie de son Assemblée, Il donne des pasteurs et des docteurs.

Un homme ne peut pas entrer de lui-même dans cette sainte carrière d’évangéliste, de pasteur, ou de docteur. Il faut que Christ l’ait donné pour cela. D’autres hommes ne peuvent l’y appeler. Tout doit venir de Christ seul, le Chef de l’Église, et c’est le Saint Esprit qui opère pour former, envoyer et diriger les serviteurs de Christ.

Parmi les prophètes et docteurs d’Antioche, se trouvaient Barnabas et Saul. Tandis que les uns et les autres, avec des cœurs consacrés au Seigneur, s’occupaient de son service, l’Esprit Saint dit : « Mettez-moi à part Barnabas et Saul, pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés ». Comment l’Esprit Saint parla-t-il ? Sans doute par la bouche de l’un des prophètes, mais remarquons-le bien, ce n’est pas d’eux-mêmes que Barnabas et Saul agissent, c’est le Saint Esprit, Dieu lui-même, qui les a appelés pour l’œuvre. Et quelle était cette œuvre ? C’était d’aller annoncer l’Évangile au milieu des nations idolâtres. Barnabas et Saul étaient des missionnaires appelés de Dieu.

Il devait leur coûter de laisser leurs frères d’Antioche et cette assemblée si florissante pour aller ils ne savaient encore où. En tout cas, c’était au milieu d’étrangers où ils rencontreraient l’opposition suscitée par Satan et par l’inimitié naturelle du cœur de l’homme. Ils devaient aller seuls, sans appui humain comme des brebis au milieu des loups. Mais le Seigneur les envoyait, ils allaient pour son nom, et ils pouvaient compter sur sa fidélité. Pour Lui d’ailleurs qui les avait aimés et sauvés, pour l’amour des âmes auxquelles ils allaient porter l’Évangile, ils étaient prêts à affronter tous les dangers, à supporter toutes les privations, à perdre même leur vie. C’est l’esprit qui a toujours animé les vrais serviteurs du Seigneur.

Avant leur départ, leurs frères qui restaient à Antioche s’unirent à eux dans le jeûne et la prière. Tous sentaient l’importance de cette mission et le besoin du secours du Seigneur, et pour montrer qu’ils s’associaient à ceux qui partaient, ils leur imposèrent les mains. Ce n’était pas pour les consacrer : Barnabas et Saul l’étaient déjà par l’appel du Seigneur, mais c’était comme pour leur dire : « Nous sommes avec vous de tout cœur dans cette œuvre ».

Ils partirent donc, envoyés non par l’homme, mais par l’Esprit Saint. Jean, surnommé Marc, les accompagnait comme serviteur, c’est-à-dire pour leur rendre des services qui faciliteraient leur tâche. Ils descendirent à Séleucie, port d’Antioche, et de là s’étant embarqués, ils firent voile vers l’île de Chypre.

Chypre est une grande île située dans l’angle nord-est de la mer Méditerranée, en face de la Syrie à l’est, et ayant l’Asie mineure au nord. Elle était renommée par sa fertilité et la beauté de son climat. Deux chaînes de montagnes la traversent de l’est à l’ouest, laissant entre elles une belle plaine nommée Massaria. Deux rivières alimentées par des ruisseaux descendant des montagnes l’arrosent ; l’une se dirigeant vers l’est, l’autre vers l’ouest. Les montagnes renfermaient de riches mines de cuivre.

L’île comptait plusieurs villes parmi lesquelles Salamine, port de mer à l’est, en face de la Syrie. C’est là que les apôtres abordèrent et que d’abord ils annoncèrent la parole de Dieu dans les synagogues des Juifs. Ils avaient à cœur ce pauvre peuple, auquel appartenaient les promesses de Dieu et du milieu duquel le Seigneur appelait encore des âmes au salut. Il ne nous est rien dit du résultat de la prédication de Barnabas et de Saul parmi les Juifs. Nous ne savons pas non plus s’ils s’adressèrent aussi aux païens ; toutefois cela est probable, et sans doute la parole de Dieu ne demeura point sans effet.

De Salamine, ils se rendirent à Paphos, autre port de mer à l’ouest, en face de l’Asie mineure. Pour y arriver, ils traversèrent toute l’île, en passant sans doute par la plaine de Massaria. Il ne nous est pas dit s’ils prêchaient l’Évangile durant ce trajet. Mais comment n’auraient-ils pas parlé de ce qui remplissait leur cœur ?

Paphos, qui n’est maintenant qu’une modeste localité nommée Baffo, était alors le siège du gouvernement romain, représenté par un proconsul. Là s’élevait un temple magnifique consacré à l’impure divinité Vénus. Combien n’était-il pas désirable que l’Évangile fût annoncé à ces pauvres païens que le diable avait amenés à offrir un culte dégradant à des idoles abominables !

Des Juifs s’étaient établis dans l’île de Chypre comme nous l’avons vu en parlant de Salamine. Parmi eux se trouvait à Paphos un homme nommé Bar-Jésus, du plus triste caractère. Ce n’était pas un vrai Juif, ayant la crainte de Dieu dans son cœur et soumis aux Écritures. Dans ce cas, il aurait pu faire du bien en éclairant les païens au sujet du vrai Dieu, et les préparer ainsi à recevoir l’Évangile. Mais c’était un magicien, comme il y en avait beaucoup en ce temps-là, c’est-à-dire un homme qui se livrait à certaines pratiques par lesquelles il prétendait avoir des relations avec le monde invisible, évoquer les morts, et chasser les démons. Or les Écritures de l’Ancien Testament condamnent formellement de telles gens. De plus, Bar-Jésus était faux prophète, prétendant faussement être envoyé de Dieu et parler en son nom.

Cet homme, par quel moyen, nous l’ignorons, se trouvait auprès du proconsul ou gouverneur romain, nommé Serge Paul. Le caractère de celui-ci nous est aussi tracé en un seul mot. Il était un homme intelligent. La vraie intelligence ne consiste pas seulement à comprendre vite et bien ce que l’on nous dit. Elle se montre, avant tout, dans la recherche de la vérité et de ce qui est bon selon Dieu. C’est en ce sens que le proconsul Serge Paul était intelligent.

Les superstitions païennes avaient sans doute dégoûté Serge Paul ; les raisonnements des philosophes n’avaient pas satisfait son intelligence, et les prétentions de Bar-Jésus à des dons surnaturels, n’avaient pas répondu aux besoins de son âme. Aussi, lorsqu’il eut entendu parler de Barnabas et de Saul, il voulut les entendre. Il les fit appeler, et ceux-ci exposèrent devant lui les saintes et salutaires vérités de la parole de Dieu. Nous ne pouvons douter qu’ils ne lui parlassent de l’amour de Dieu et du Seigneur Jésus qu’Il a envoyé pour sauver les pécheurs, tant Juifs que gentils, car c’est là le résumé de la parole de Dieu.

Bar-Jésus était là qui écoutait aussi les apôtres. Mais de même que les Juifs qui s’étaient opposés au Seigneur et l’avaient fait mourir, qui avaient tué Étienne et qui avaient persécuté l’Assemblée, Bar-Jésus aussi, au lieu de recevoir la vérité, résistait à la parole de Barnabas et de Saul, c’est-à-dire à Dieu Lui-même, et cherchait à détourner le proconsul de la foi, faisant ainsi l’œuvre du diable. Il ne voulait pas du salut pour lui-même, et il cherchait à empêcher les autres d’être sauvés. Quelle iniquité !

Alors Saul, non pas saisi d’une indignation charnelle, mais rempli de l’Esprit Saint, s’adressa à lui. C’était la voix de Dieu même prononçant le jugement sur ce misérable instrument de Satan. « Ô homme plein de toute fraude et de toute méchanceté », lui dit Saul, « fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu pas de pervertir les voies droites du Seigneur ? ». Quelles paroles sévères, n’est-ce pas ? Mais elles étaient bien méritées, car tandis que le Seigneur, dans ses voies droites, conformes à son amour, voulait sauver Serge Paul, Bar-Jésus cherchait à l’entraîner à sa perte. Aussi Dieu ne se borne-t-il pas à ces paroles, mais il annonce au faux prophète, par la bouche de Saul, un châtiment qui l’atteint immédiatement : « La main du Seigneur est sur toi, et tu seras aveugle, sans voir le soleil pour un temps ». La main du Seigneur qui s’étend pour bénir ceux qui le craignent, frappe ceux qui Lui résistent. Pauvre Bar-Jésus ! Image de la nation juive qui a rejeté Jésus, il devient aussitôt aveugle ; l’obscurité et les ténèbres tombent sur celui qui avait la prétention d’être la bouche de Dieu ; celui qui voulait conduire les autres, cherche çà et là quelqu’un qui le conduise par la main. Comme je l’ai dit, il est bien l’image de la nation juive qui, ayant rejeté Jésus, est maintenant dispersée, errante, dans les ténèbres, comme le dit le prophète Ésaïe :

Il regardera en haut, et il fixera son regard sur la terre, et voici la détresse et les ténèbres, l’obscurité de l’angoisse ! et il est repoussé dans d’épaisses ténèbres

(Ésaïe 8:22)

Mais ce n’est, comme pour Bar-Jésus, que pour un temps. La miséricorde de Dieu envers ce pauvre peuple s’exercera plus tard. Ainsi que l’ajoute le prophète :

Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière ; ceux qui habitaient dans le pays de l’ombre de la mort… la lumière a resplendi sur eux

(Ésaïe 9:2)

Quand sera-ce ? C’est quand le Seigneur reviendra et que le résidu juif le reconnaîtra pour son Messie et son Roi.

Et le proconsul, que dit-il devant cette manifestation de la puissance de Dieu ? Il crut, mais ce ne fut pas à cause du miracle, bien qu’il ne pût autrement qu’en être frappé ; il crut, étant saisi par la doctrine du Seigneur. Cette doctrine, l’Évangile du salut, répondait pleinement aux besoins de son âme. Elle seule peut aussi répondre aux nôtres.

Tel fut le premier fruit qui nous soit montré de la mission de Saul. Depuis ce moment, il quitte son nom juif et prend le nom grec et romain de Paul. Il ne nous est pas dit comment ni pour quelle raison, mais ce nom convenait bien, puisqu’il était surtout l’apôtre des nations. Cette histoire de Serge Paul et de Bar-Jésus nous présente ce qui partout caractérisera l’œuvre de Paul. On y voit l’apôtre apportant la vérité de Dieu touchant le Seigneur, les nations désireuses de l’entendre, et les Juifs s’y opposant. Ceux qui avaient été le peuple de Dieu deviennent ses plus grands adversaires. Combien cela est triste !