Enseignement

La tentation - Henri Lüscher

La Bible emploie le terme « tentation » (massah en hébreu et peirasmos en grec) pour :

Le chrétien subit donc une mise à l’épreuve, un test. Il entend simultanément deux appels qui le poussent, l’un à transgresser la loi de Dieu, donc sa volonté, et l’autre à faire ce qu’il sait être la volonté de Dieu.

1. Au commencement

L’homme, créé à l’image de Dieu, est un être moral. Nos premiers parents furent testés, tentés de pécher en désobéissant à Dieu et à sa Parole, à un ordre positif (4).

2. Satan et la tentation

Le grand ennemi de Dieu, Satan, désire détruire l’œuvre de Dieu et mener l’homme à sa ruine. Il est « meurtrier dès le commencement », parce que « la vérité n’est pas en lui », et il est aussi « menteur et le père du mensonge » (Jean 8:44).

Il est le « tentateur (6) », et il incite les hommes à la désobéissance à Dieu et à sa Parole. Il insinue le doute dans nos cœurs. Il cherche à nous séduire par des mensonges enrobés de douceurs malignes qui portent toujours un goût amer du péché et mène à la destruction de l’homme et de sa personnalité et finalement à sa mort.

Il entraîne l’homme à douter de Dieu et de sa Parole pour faire l’opposé de la volonté de Dieu. Un exemple : Saül qui voulait suivre son propre chemin (1 Samuel 13:8-14).

Quand Satan attaque, il pousse l’homme à la défaite (1 Pierre 5:8). Mais il le fait aussi avec subtilité, étant « déguisé en ange de lumière » (2 Corinthiens 11:14). Il est le Malin qui nous pousse à la rébellion, à la méchanceté et à la désobéissance, bref, au mal sous toutes ses formes qu’on nomme péché. Succomber à la tentation a comme résultat le péché. C’est la suite tragique de la chute de nos premiers parents (7).

3. Dieu et la tentation

Dieu dans sa souveraineté contrôle tous les événements. Rien ne lui échappe, le diable ne peut éprouver et tenter que dans le cadre de la permission de Dieu (8).

Quand Dieu permet la tentation, celle-ci se constitue alors en épreuve de foi pour nous enraciner en lui (9). Mais il contrôle toujours l’épreuve et en mesure l’intensité (10) pour que nous puissions en sortir victorieux (11). Il ne nous épargne pas de la tentation car il veut nous aider à triompher avec son aide (Jean 17:15).

Jamais Dieu n’incite l’homme à commettre le mal ni ne lui tend de piège pour qu’il faillisse. Cela vient de notre cœur corrompu (Jacques 1:13).

Le texte de Matthieu 6:13 « ne nous induis pas en tentation » veut dire « ne nous introduis pas dans la tentation », « préserve-nous d’entrer dans les vues du tentateur », « ne nous emporte pas dans l’épreuve », « ne nous soumets pas à l’épreuve » ou « ne me fais pas entrer au pouvoir du péché ni au pouvoir de la tentation ». Le verbe eisphérô exprimant l’idée de « porter dans » (Hébreux 13:11) ou « d’introduire dans » (Luc 5:18-19). Le but de Satan est de nous soumettre à son pouvoir à travers l’épreuve, la tentation (12). Or, conscients de notre faiblesse, nous demandons aide et protection à Dieu : « N’incline pas mon cœur au mal » (Psaumes 141:4).

Ce même terme « tenter » veut dire « éprouver » quand il est utilisé en rapport avec Dieu. Par l’épreuve, Dieu veut, d’une part, faire ressortir ce qu’il y a dans le cœur de l’homme (Genèse 22:1 ; Exode 16:4 ; Deutéronome 8:2 ; Galates 4:13-14) dans le but, d’autre part, d’amener le croyant à une purification et le faire avancer dans le processus de la sanctification et de l’affermissement dans la foi (1 Pierre 1:6-9).

Tenter Dieu

Tenter Dieu, c’est provoquer ou défier Dieu, lui demander d’agir de manière non conforme à sa volonté ou exiger son intervention comme s’il s’agissait d’un droit (13). Tenter Dieu amène à l’agitation et au trouble, au contraire, lui faire confiance, c’est entrer dans son repos (Hébreux 3:7-11). Veillons donc à ne pas tenter Dieu : « vous ne tenterez pas l’Éternel, votre Dieu (14) ».

4. L’homme et la tentation

Trois formes de convoitises

Satan, à travers le serpent rusé, a axé sa séduction sur trois aspects (Genèse 3:1-6), et ces mêmes aspects nous sont présentés dans 1 Jean 2:15-16. Toutefois, toute tentation ne procède pas directement de Satan. Les textes cités plus haut sur la nature et les caractéristiques du péché, nous enseignent que c’est d’abord notre nature humaine, pécheresse et corrompue (15) qui cause tous ces dégâts terrifiants. Tout cela, parce que l’homme a cédé à la convoitise.

Le texte de Jacques 1:13-14 est une excellente explication du processus de la tentation qui aboutit finalement au péché : « Que personne ne dise lorsqu’il est tenté : C’est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente lui-même personne. Mais chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. Puis la convoitise, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché ; et le péché, étant consommé, produit la mort. » C’est un enchaînement perpétuel, un cercle vicieux : le péché — la convoitise — l’acte du péché — la mort.

La convoitise peut se définir comme le désir immodéré de posséder une chose. Elle est synonyme d’avidité, d’ardeur, d’appétence ou d’envie. Elle est donc provoquée par Satan, par la chair ou par le monde. Le 10e commandement met l’accent sur la vigilance contre la convoitise, contraire à l’amour de Dieu et du prochain. La convoitise renforce encore l’égoïsme (16).

La convoitise de la chair

Toutes ces choses « bonnes à manger » (Genèse 3:6) qui « font la guerre à l’âme » (1 Pierre 2:11), ces désirs mauvais de la nature humaine en font partie (17).

La convoitise est l’amour des objets de la création ou de soi-même plus que du Créateur. La convoitise de la chair est le désordre et l’exagération dans la satisfaction de pulsions naturellement bonnes. Le Saint-Esprit rend possible le renoncement aux convoitises (Galates 5:16).

La convoitise des yeux

C’est ce qui « est agréable à la vue » (Genèse 3:6) pour la chair, le désir avide de posséder ce que l’on voit.

Acan, attiré par la convoitise de ses yeux, s’est approprié des biens, alors qu’il avait transgressé une interdiction formelle (Josué 7:19-21). Lot, jetant ses yeux sur la belle plaine fertile (Genèse 13:10-11) a cédé à la convoitise d’être « bien dans sa peau » par un travail plus facile et un confort plus grand qu’à la montagne. David, en se promenant sur le toit, au lieu de combattre aux côtés de son armée, a été séduit par la convoitise de ses yeux et est tombé dans le péché de l’adultère puis dans un meurtre (2 Samuel 11:2-4).

L’orgueil de la vie

Ce désir charnel « d’être comme des dieux pour connaître le bien et le mal » (Genèse 3:6) est en tout homme, le « moi », qui ferait tout pour acquérir de la puissance, de la gloire, du succès, d’être quelqu’un. C’est aussi l’assurance de ses propres ressources, la sécurité placée dans les choses terrestres et la convoitise effrénée de « savoir ». Cette course à l’autonomie de l’homme qui s’appelle humanisme. L’homme devenu le centre de l’univers, a détrôné Dieu, son Créateur, pour l’écarter ensuite de son « savoir ».

Il existe donc un parallèle entre le processus de la tentation en Genèse 3:1-6 et 1 Jean 2:16 qui donne les éléments dont est composé le monde. D’un côté nous avons ce qui est « bon à manger », « agréable à la vue » et « précieux pour ouvrir l’intelligence » et d’autre côté « la convoitise de la chair », « la convoitise des yeux » et « l’orgueil de la vie ».

Si le croyant a chuté, péché, subi une défaite, il y a rupture de communion entre Dieu et lui. Le Christ « livré pour nos offenses et ressuscité pour notre justification » (Romains 4:24-25) a pourvu à notre salut total par son œuvre rédemptrice. À travers la confession des péchés et la repentance, le Seigneur rétablit la communion afin qu’un nouveau départ puisse se faire (1 Jean 1:9 ; 2:1-2).

5. La victoire dans la tentation

Christ compatit à nos faiblesses, car il a lui-même été assailli par la tentation, à part le péché (18). C’est pourquoi Christ peut nous secourir dans la tentation (19).

Il nous aide à remporter des victoires si nous sommes en communion avec lui (20), parce qu’il a triomphé publiquement de Satan et des puissances des ténèbres (Colossiens 2:15), et il a « détruit les œuvres du diable » (1 Jean 3:8). Si nous demeurons en Lui, nous pouvons vaincre dans la tentation. Pour cela il y a des consignes divines à suivre :

La foi et l’obéissance à Dieu, la Parole, la prière, la vigilance et la séparation d’avec ce qui peut favoriser la tentation sont cinq supports nous aidant à rester victorieux face au péché.