Enseignement

Évangélisation à Iconium, Lystre et Derbe

Les apôtres, chassés d’Antioche, se rendirent à Iconium, capitale de la province de Lycaonie. C’était une ville célèbre et populeuse, à environ cent kilomètres au sud-est d’Antioche, et qui existe encore sous le nom de Konya. Arrivés là, Paul et Barnabas entrèrent ensemble dans la synagogue pour annoncer l’Évangile.

Nous voyons que ces fidèles serviteurs de Dieu ne se laissaient pas décourager par les persécutions. Ils aimaient Jésus, leur cher Maître qui les avait envoyés, et ne craignaient pas de souffrir pour son nom, et ils aimaient les pauvres pécheurs pour lesquels Jésus était mort. Ils étaient heureux d’annoncer le salut à tous, Juifs et Grecs, malgré tous les maux que cela leur attirait. C’est ainsi que Paul disait : « J’endure tout pour l’amour des élus, afin qu’eux aussi obtiennent le salut qui est dans le Christ Jésus ». Et si nous nous étonnons de ce que, malgré la méchanceté des Juifs, c’était toujours à eux, les premiers, que Paul et Barnabas s’adressaient, il faut nous rappeler que ces Juifs étaient le peuple choisi par Dieu, aimé de Lui à cause de leurs pères, Abraham, Isaac et Jacob, et qu’ainsi ils avaient droit les premiers à jouir de l’accomplissement des promesses de Dieu en Christ. Les apôtres comprenaient très bien cela et, Israélites eux-mêmes, ils étaient heureux de prêcher l’Évangile à leurs frères selon la chair, dans l’espoir qu’ils croiraient et seraient sauvés.

Ils entrèrent donc dans la synagogue d’Iconium, et, pleins de courage dans le Seigneur, ils parlèrent de telle sorte qu’un grand nombre de Juifs et de Grecs crurent. Nous voyons qu’il y avait toujours dans les synagogues des Grecs qui avaient acquis, par le moyen des Juifs, une certaine connaissance du vrai Dieu. Ils étaient ainsi préparés à recevoir l’Évangile, et cela nous donne une autre raison pour laquelle les apôtres commençaient toujours à prêcher dans les synagogues.

Ainsi le Saint-Esprit donnait puissance à la parole des envoyés du Seigneur. Mais là aussi les Juifs incrédules ne pouvaient souffrir de voir l’Évangile annoncé et reçu dans les cœurs, et, dans leur méchanceté, ils cherchaient, non seulement à empêcher les païens de croire, mais ils les excitaient contre les frères. « Les frères », tel était le doux nom que les chrétiens se donnaient entre eux, comme membres de la famille de Dieu.

Mais les apôtres ne se laissèrent pas intimider. Ils demeurèrent là assez longtemps, parlant hardiment aux âmes. D’où venait donc leur courage ? Du Seigneur, sur lequel ils s’appuyaient ; du Seigneur à qui toute puissance appartient dans les cieux et sur la terre, et qui a promis à ses disciples d’être avec eux jusqu’à la fin. Le Seigneur était avec Paul et Barnabas, et confirmait la parole de sa grâce par les miracles qu’il leur donnait d’opérer. Remarquons cette expression : « la parole de sa grâce ». Ce que les apôtres annonçaient, c’était la grâce de Dieu qui apporte le salut, et qui est apparue à tous les hommes dans la personne de son Fils bien-aimé, afin qu’ils soient sauvés (Tite 2:11).

Mais Satan ne peut souffrir la prédication de la grâce souveraine qui arrache à sa puissance les pauvres pécheurs. Aussi suscita-t-il une opposition toujours plus grande contre les apôtres. La ville fut partagée en deux camps ; les uns étaient pour les apôtres, les autres pour les Juifs. Et comme les méchants ne craignent pas d’employer la violence, les chefs, soit des païens, soit des Juifs, résolurent de se défaire des apôtres en les lapidant. Paul et Barnabas, l’ayant appris, obéirent à la parole du Seigneur qui avait dit : « Quand on vous persécutera dans une ville, fuyez dans une autre », et ils s’enfuirent d’Iconium. Ils avaient dû beaucoup endurer, car, longtemps après, Paul écrivait à Timothée : « Tu as pleinement compris… mes persécutions, mes souffrances, telles qu’elles me sont arrivées à Antioche, à Iconium et à Lystre », mais, ajoute-t-il avec un profond sentiment de reconnaissance, « le Seigneur m’a délivré de toutes » (2 Timothée 3:11).

Les apôtres ne s’étaient pas enfuis d’Iconium pour abandonner l’œuvre du Seigneur. Ils étaient heureux de souffrir pour le nom de Jésus. Ils étaient ambassadeurs pour Christ, et leur vie ne leur importait point, pourvu qu’ils portassent aux hommes le message dont ils étaient chargés, celui de la réconciliation avec Dieu par le sang de la croix. Ils allèrent donc plus loin, dans d’autres villes de la Lycaonie, à Lystre, à Derbe et dans les environs, annonçant partout la bonne nouvelle du salut.

Ils se trouvaient dans un pays entièrement païen où régnait la plus grossière idolâtrie. Comme Paul le dit dans l’épître aux Romains : « Les hommes ont changé la gloire du Dieu incorruptible en la ressemblance de l’image d’un homme corruptible ». Innombrables étaient les dieux et les déesses dont les hommes avaient peuplé les cieux, la terre et la mer, qu’ils représentaient sous la figure d’hommes et de femmes, et auxquels ils attribuaient toutes les plus dégradantes passions du cœur humain ; ils excusaient ainsi leurs propres vices. Au fond, comme le dit encore l’apôtre Paul, c’étaient des démons qu’ils adoraient sous ces noms de dieux et de déesses, et auxquels ils rendaient un culte abominable. La divinité en honneur à Lystre était Jupiter, que les païens s’imaginaient être le maître des dieux et celui qui, du haut du ciel, lançait la foudre. Une autre divinité était Mercure, dieu de l’éloquence. On racontait que dans les temps reculés, Jupiter, accompagné de Mercure qui portait la parole, était venu dans cette même contrée de Lycaonie pour punir les hommes méchants. Ce que nous venons de dire fera mieux comprendre la suite de notre récit.

Si les apôtres étaient heureux d’annoncer Jésus, le Messie promis, aux Juifs héritiers des promesses, combien ils devaient aussi se réjouir de pouvoir faire connaître le vrai Dieu aux misérables adorateurs des démons. C’est ce qui arrive encore de nos jours. Tandis que de fidèles serviteurs de Dieu prêchent le salut par la foi en Jésus à ceux qui, tout en portant le nom de chrétiens, n’ont pas la vie de Dieu, d’autres serviteurs du Seigneur vont annoncer l’Évangile aux païens encore si nombreux sur la surface du globe. Rappelons-nous bien que les chrétiens de nom, aussi bien que les païens, ont besoin de connaître Jésus et de croire en Lui comme leur Sauveur pour ne pas périr. Et nous, qui appartenons au Seigneur, souvenons-nous dans nos prières, et des serviteurs de Dieu qui annoncent l’Évangile au près et au loin, et de ceux à qui cette bonne nouvelle est présentée.

Paul prêchait donc aux habitants de Lystre. Parmi ses auditeurs se trouvait un homme impotent dès sa naissance, et qui n’avait jamais marché. Il écoutait l’apôtre parlant d’un Dieu puissant et miséricordieux, et son cœur recevait la parole, car « la foi est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu » (Romains 10:17). Paul le vit et discerna l’œuvre de Dieu dans le cœur de ce pauvre homme. L’impotent avait la foi pour être guéri dans son corps et sauvé dans son âme, et Paul lui dit à haute voix : « Lève-toi droit sur tes pieds ». Quelle étrange parole adressée à un homme infirme dès sa naissance ! Mais il croyait à la puissance de Dieu et n’hésita pas. Il se dressa d’un coup sur ses jambes et se mit à marcher. La guérison avait été aussi complète qu’instantanée.

Nous pouvons nous figurer quel effet dut produire sur cette foule d’idolâtres une telle manifestation de la puissance divine. Les fables d’autrefois, dont ils avaient été nourris dès leur enfance, leur revinrent à la mémoire, et ils s’écrièrent en langue lycaonienne, peut-être leur dialecte ancien dans lequel se transmettaient les traditions religieuses : « Les dieux, s’étant faits semblables aux hommes, sont descendus vers nous ». Et ils appelaient Barnabas, Jupiter, et Paul, Mercure, parce que c’était lui qui portait la parole. Un temple de Jupiter s’élevait près de la ville, et le prêtre de ce dieu arriva avec des taureaux ornés de couronnes et de bandelettes selon la coutume, pour les sacrifier à ceux que l’on prenait pour des dieux.

En voyant l’aveuglement de ces pauvres gens, les apôtres éprouvèrent une profonde douleur qu’ils manifestèrent en déchirant leurs vêtements. Comment auraient-ils pu accepter un hommage qui n’est dû qu’à Dieu seul ? Pour détromper la foule et proclamer la vérité, ils s’élancèrent au milieu de ceux qui voulaient les adorer, disant : « Hommes, pourquoi faites-vous ces choses ? Nous sommes nous aussi des hommes ». Puis, exposant leur message, ils exhortèrent ces païens à se détourner de leurs idoles mortes et vaines, sans puissance ni vérité, et de se tourner vers le « Dieu vivant », le Créateur de toutes choses, qui, dans sa providence, gouverne tout, prend soin de tous les hommes, et se plaît à leur faire du bien.

À grand-peine purent-ils empêcher les foules de sacrifier. Mais l’attention avait été éveillée, une preuve visible de la puissance du vrai Dieu avait été donnée, et les apôtres continuèrent, sans doute, à instruire les habitants de Lystre touchant le Dieu vivant, et à leur annoncer que, dans son amour, il a envoyé son Fils bien-aimé pour sauver les hommes perdus.

Le Saint-Esprit opéra à Lystre en faisant pénétrer la parole de la grâce dans plusieurs cœurs. Là aussi des âmes furent sauvées et ajoutées à l’Assemblée. Parmi ceux qui crurent se trouvait un jeune homme dont le nom nous est bien connu, et que nous retrouverons plus tard. C’est Timothée, que Paul appelle son enfant bien-aimé.

Telle était l’œuvre du Seigneur à Lystre. Mais Satan, l’adversaire, veillait, et voyant les âmes arrachées au culte des idoles, c’est-à-dire des démons, il suscita là aussi une violente opposition, et ce fut encore par le moyen des Juifs, de ceux qui prétendaient être le peuple de Dieu. Ils avaient haï le Seigneur Jésus et l’avaient persécuté quand il était sur la terre, et maintenant, ils haïssaient et persécutaient ses disciples. Ils aimaient mieux laisser les pauvres païens adorer leurs fausses divinités que de les voir devenir chrétiens. Quelle méchanceté dans le cœur de l’homme !

Il ne semble pas qu’il y eût des Juifs séjournant à Lystre ; mais il en vint d’Antioche et d’Iconium, peut-être pour leurs affaires, et, reconnaissant les apôtres, voyant l’influence qu’ils avaient acquise et l’œuvre de la grâce de Dieu, leur inimitié contre l’Évangile se réveilla. Ils surent, sans doute par leurs mensonges et leurs calomnies contre Paul et Barnabas, détourner d’eux l’esprit des gens de Lystre, et les ayant mis de leur parti, ils purent sévir à leur aise contre les apôtres. Comme notre cœur naturel est changeant et prêt à subir toutes sortes d’influences ! Voilà ce peuple qui avait vu la puissance et la grâce de Dieu et avait voulu sacrifier aux apôtres comme à des dieux, et qui maintenant les abandonne à leurs ennemis !

La persécution alla bien loin. Les Juifs, se sentant appuyés par les gens de Lystre, s’emparèrent de Paul, le lapidèrent et, croyant l’avoir tué, le traînèrent hors de la ville. Ils espéraient ainsi s’être débarrassés de celui qui, après avoir persécuté l’Assemblée, était devenu un zélé prédicateur de la foi en Christ. Quelles devaient être les pensées de ce cher serviteur de Dieu quand les pierres lancées par ses cruels ennemis venaient frapper son corps ? Autrefois, il avait assisté à la lapidation d’Étienne, le fidèle témoin de Christ, et avait consenti à sa mort. Le voilà maintenant qui souffre de la même manière et pour le même Maître. Comme il devait se rappeler cette scène ! Mais maintenant, Paul ne se mettait en peine de rien ; sa vie ne lui était point précieuse, il la donnait volontiers pour Jésus qui l’avait aimé et sauvé. Son regard se portait en haut, où Étienne avait vu le Fils de l’homme à la droite de Dieu, et d’où lui-même, Paul, sur le chemin de Damas, avait entendu la voix de Jésus, et en contemplant là son Sauveur, son âme était soutenue au milieu des souffrances.

Mais la vie de Paul était précieuse à son Seigneur, qui voulait encore se servir de lui pour annoncer l’Évangile. Les disciples, fruit du travail des apôtres à Lystre, avaient suivi les Juifs traînant hors de la ville le corps de celui qu’ils croyaient avoir tué. Les persécuteurs s’étant éloignés, ils se tenaient là autour de Paul et pleuraient sans doute le cher serviteur de Dieu qui leur avait annoncé le salut. Mais la puissance divine, puissance de vie, avait gardé Paul de la mort, sous les coups. Fortifié par elle, malgré ses blessures l’apôtre se lève, rentre dans la ville et le lendemain poursuit, avec Barnabas, son voyage d’évangélisation.

L’animosité des Juifs semble s’être portée surtout sur Paul, probablement à cause de sa plus grande activité. Son abandon du judaïsme, après le zèle ardent qu’il avait manifesté, le désignait aussi d’une manière spéciale à la haine de ceux de sa nation qui étaient ennemis de Jésus.

Les apôtres, après avoir quitté Lystre, allèrent à Derbe située à peu de distance. Là aussi, ils annoncèrent l’Évangile, et un grand nombre de personnes crurent et furent ajoutées à l’Assemblée. Ainsi, la persécution qui chassait les apôtres de ville en ville devenait un moyen de répandre la bonne nouvelle. Le nom d’un de ceux qui crurent alors nous a été conservé ; c’est Gaïus qui, plus tard, devint l’un des compagnons de Paul et qui est, peut-être, le même à qui Jean adressa sa troisième épître (Actes 20:4).

Derbe fut le terme du voyage d’évangélisation des deux serviteurs de Dieu. Ils auraient pu de là se rendre à Tarse, lieu de naissance de Paul et pas très éloigné de Derbe, pour retourner en Syrie, mais ils sentirent le besoin de revoir ceux qui, par leur moyen, avaient été amenés au Seigneur. Ils repassèrent donc par ces lieux où ils avaient souffert pour Christ, par Lystre, Iconium et Antioche. Partout ils affermissaient les âmes des disciples par leurs enseignements ; ils les exhortaient à persévérer dans la foi, qui nous montre Christ, le Sauveur, dans la gloire et revenant pour prendre les siens avec Lui, et, de même que le Seigneur l’avait fait, ils avertissaient les croyants que le seul chemin pour arriver dans la gloire où est Christ, c’est la souffrance. Telles sont aussi les choses que nous avons besoin d’apprendre.

Mais dans ces diverses localités, les fidèles avaient formé des assemblées. C’est-à-dire que, sachant qu’ils étaient tous membres de la grande Assemblée qui est le corps de Christ et qui comprend tous les croyants, ceux de chaque localité se réunissaient et formaient là la représentation de l’Assemblée universelle de Dieu. Ils étaient à Derbe, Lystre, Iconium et ailleurs, les assemblées de Dieu locales, en contraste avec les Juifs d’une part, et les païens de l’autre. Et pour présider ces assemblées, veiller sur elles et les paître, les apôtres, en vertu de l’autorité qu’ils possédaient comme leur ayant été donnée directement par le Seigneur, établirent dans chacune d’elles des anciens. Puis, priant avec jeûne, les apôtres, avant de quitter ces chrétiens nouvellement convertis, les recommandèrent au Seigneur. Qu’auraient-ils pu faire de mieux ? Ils les plaçaient ainsi immédiatement sous la conduite et la protection de Celui qui seul a la puissance de nous garder.

Paul et Barnabas revinrent par la Pisidie et la Pamphylie à Perge, où ils annoncèrent aussi l’Évangile. De là, ils descendirent à Attalie, port de mer au sud-ouest de Perge, et qui se nomme maintenant Antalya ou Adalia. Là, ils s’embarquèrent et retournèrent à Antioche (de Syrie) d’où ils étaient partis.

Ils avaient entrepris leur voyage, choisis et envoyés par l’Esprit de Dieu, et l’assemblée les avait recommandés à Dieu et accompagnés de ses prières pour l’œuvre qu’ils avaient à entreprendre. La puissance et la grâce du Seigneur avaient été avec eux, ils avaient accompli leur tâche pour leur bien-aimé Maître, et après leurs fatigues et leurs souffrances, Dieu les avait ramenés dans la chère assemblée qui de cœur avait été avec eux. Ils racontèrent à l’assemblée réunie ce que Dieu avait fait par leur moyen au milieu des pauvres païens. Quelle joie pour les chrétiens d’Antioche d’apprendre que la bénédiction du salut s’était répandue sur les nations ! Le cœur du chrétien se réjouit toujours quand il apprend que des âmes sont sauvées. Si nous avons à cœur la gloire du Sauveur, nous nous réjouirons en apprenant qu’auprès et au loin des âmes sont converties, et nous prierons, et pour les ambassadeurs de Christ, et pour ceux à qui ils portent l’heureux message.