Matthieu 25:14-30. Sortir de la peur, accueillir la confiance. Voici une décision pas raisonnable : confier son bien à ses employés. N’est-ce pas un risque insensé ? Ensuite, le maître ne donne pas la même chose à chacun, est-ce qu’il ne crée pas des injustices ?…
Talent
En français ce mot a deux sens : dons naturels (ex. : jouer une pièce de théâtre avec talent), et financier : le talanta de la Bible.
Le talent biblique est une unité monétaire. Il valait 6 000 deniers. Sachant qu’un denier correspond au salaire d’une journée de travail, un talent correspond donc à dix-sept années de travail. Deux talents représentent presque toute une vie de travail… Quant à cinq talents : aucun smicard n’en aurait reçu autant de toute sa vie. La démesure des chiffres ne nous invite-t-elle pas à interpréter cette parabole comme celle de la démesure dans ce que Dieu nous confie ?
Interprétation
Sous les traits de l’homme qui part (nulle part il n’est question de maître), il faut y voir les traits de Dieu. Le Dieu créateur, qui donne à l’homme ce qu’il a de mieux, à savoir l’œuvre de la création. Il le lui donne, pour que l’homme devienne à son tour à son image et ressemblance.
Il donne à chacun selon ses capacités.
Au contraire, le troisième n’a pas reçu sa part comme un don, mais comme un objet dont il a la garde. Il s’est considéré comme serviteur, chargé de « veiller sur lui », rien de plus.
Il est dit à chacun que non seulement ce qu’il a reçu lui est proportionné, mais que c’est « peu de choses » ! Oui, ce qui est financier est qualifié ici de presque rien ! N’est-ce pas libérateur ? Un autre passage nous parle du « vrai bien ».
Les « biens » se résument à de l’argent. Nous le comprenons dans les deux sens français : donc aussi les dons, les capacités, etc.
La parabole illustre l’invitation pressante (l’obligation) pour les hommes de ne pas gâcher leurs dons reçus de Dieu et de s’engager, même s’il y a risque. Le croyant est appelé à faire grandir le royaume de Dieu.
Qu’en est-il du 3e serviteur ?
Il restitue le bien tel quel, en serviteur « honnête ». Mais ce faisant, il n’est pas devenu comme le maître, créateur à son image et ressemblance. Il se mue en conservateur apeuré.
Il dit : « je sais », mais il ne « connaît » pas le maître. Terrible inconnaissance ! Tels les deux fils de la parabole dite du fils prodigue, ce serviteur n’a pas su entrer dans la dynamique du maître. Or Dieu se donne Lui-même à connaître.
Peut-être même qu’on nous enseigne l’inconnaissance de Dieu, c’est-à-dire à vivre comme ce 3e serviteur. Un déisme qu’on mettra à je ne sais quelle sauce.
Il faut résister ! Entrez enfin en relation avec Dieu, laissez Son Fils vivre en vous par Son Esprit.
Les poisons instillés par le diable sont immenses. De la pseudo-religion. Soyons dévirusés, décontaminés. Cette œuvre est primordiale.
La relation au Maître est posée : comment considères-tu Dieu ? Es-tu, comme le dit une autre parabole (Luc 15:11 et suivants), de mentalité fils aîné, ou fils cadet ? Justement, ils ont dû apprendre tous les deux à savoir recevoir du Père : que c’est un vrai Père qui leur partage son bien ! Ni fuite (dans la débauche) ni refus par peur !
Le lien au maître est révélateur de ce qu’est notre identité profonde. Nous pouvons miser sur la confiance en Dieu ! Chasse la peur ! Alors on peut commencer à être chrétien, à vivre comme enfant de Dieu. De toute façon, tant que tu ne peux pas dire « Je suis enfant de Dieu », précisément cela indique que tu n’es pas dans la trajectoire du salut. Tu as peut-être beaucoup de religion, mais sans connaître Dieu. Les textes bibliques sont une aide inestimable pour cela.
Être chrétien n’est pas là, comme on dit, pour « chauffer une chaise » (ou un banc) dans une église ou une salle, mais vivre les œuvres du Père. Si tu n’es pas créateur de choses qui ont une saveur d’évangile (c’est-à-dire de bonne nouvelle), tu es hors course, tu te mets toi-même en dehors de la course.
Pour ne pas passer à côté du sens de nos vies, il est important de savoir ce qui nous a été confié. Ce n’est pas une question philosophique qui nous paralyserait mais pratique.
Nous n’avons pas le droit de douter de nous-même. Une certaine théologie pourrait aller dans ce sens et paralyse l’homme. En fait c’est une théologie diabolique, de doute : « Dieu a-t-il vraiment dit ? » (Genèse 3). Et Adam dit : « J’ai eu peur. »
Ici aussi le 3e serviteur dit : « J’ai eu peur et je suis allé cacher ton bien. » Dieu n’est pas injuste : il rétribue selon ce que produit chacun, non pas en quantité (il ne dit pas que 5 talents sont mieux que 3) mais en qualité. Il ne nous donne pas une mission impossible mais au contraire très réalisable. Elle est même adaptée à chacun (« à chacun selon ses capacités »).
Appel
Il y a des tas de choses à vivre dans ce monde, sur cette planète. Les années qui nous sont données sont appelées à devenir un bouquet de fleurs à la gloire du Créateur. Deviens créateur toi-même. Dans l’église, dans le monde, dans les grandes et les petites choses, Dieu a besoin de toi.
Ne dis pas : « je n’ai pas de don » : tu fais Dieu menteur, tu t’exclues de la vie et aussi de la vie éternelle ; ce serait tragique.
Le Seigneur serait-il comme ce père déjanté qui disait à tel de ses enfants : « Tu ne feras jamais rien de bien » ? Il y a des chances que, devenu père à son tour, il reproduise des choses qu’il a lui-même eu à subir dans sa vie. Alors :
- Prenons conscience des paroles de malédiction qui nous sont tombées dessus et ont injecté leur poison.
- Pardonnons à ceux qui ont dit cela. Jésus vient nous libérer de ces choses démoniaques.
- Brisons alors ces paroles, renonçons-y, prononçons la bénédiction de Dieu. Savoir dire : merci.
On se retrouve comme quelqu’un qui sort de prison : il lui faut apprendre à vivre, à revivre, s’habituer à une bonne lumière (lumière normale en fait !) et apprendre la liberté.
« La vie est une chance : ose-la », disait mère Teresa. La vie est même une fête grâce à la confiance reçue et mise en pratique ! Amen.
Christian De Tonnac