Enseignement

Faut-il marier des concubins ? - Etienne Lhermenault

Attente ambiguë

Une famille très engagée de l’église que je sers a dans sa nombreuse parenté un très jeune couple vivant en concubinage et ayant un enfant. Au cours d’une visite, ils m’annoncent leur désir d’officialiser leur union et demandent s’il est possible que « je les marie » au Temple Protestant. Leur attente est ambiguë : ils veulent surtout une belle fête (le « mariage » de leur cousine sous ma présidence les a favorablement impressionnés), mais ils se posent aussi des questions sur la foi en raison du témoignage positif de la famille citée ci-dessus. Quant à moi, je suis face à une double problématique : discerner et accompagner la recherche spirituelle exprimée par ce jeune couple et convaincre le conseil de la communauté qu’il faut tenter cette démarche sans présumer à l’avance du résultat.

Trois convictions

En fait, trois convictions fortes m’animent :

Démarche longue et positive

Sur cette base, deux dialogues parallèles se sont engagés. L’un avec le jeune couple sur le sens et les exigences du mariage en tant qu’engagement durable et quotidien et aussi sur le sens de la cérémonie religieuse telle que je la conçois. L’autre avec le conseil de l’église sur ce dernier sujet loin d’être clair pour plusieurs des membres.

Cette démarche a duré plusieurs mois et représenté une douzaine d’entretiens avec les concubins et occupé une part non négligeable des réunions mensuelles du conseil de l’église. Nous sommes arrivés à une double conclusion :

Je leur ai donc annoncé que le conseil de l’église était d’accord pour que la communauté les entoure et demande avec eux la bénédiction de Dieu sur leur union. J’ai bien sûr précisé les conditions posées par leur situation : annoncer publiquement que notre église n’approuvait pas le concubinage, mais se réjouissait de leur engagement dans le mariage et — mais cela ne faisait pas problème — associer leur enfant à la cérémonie en le mentionnant dans l’échange des promesses et en demandant la bénédiction de Dieu sur eux trois. Cette exigence de vérité, de notre point de vue, représentait aussi un test de leur volonté d’entrer dans une démarche spirituelle sérieuse. Ils ont courageusement accepté cela (1) et nous avons donc préparé ensemble le déroulement de la cérémonie.

Tout en leur ayant parlé de la conversion au cours des entretiens, j’ai veillé à ne pas faire pression pour éviter d’obtenir un engagement de foi opportuniste. À ma grande surprise, une semaine avant le mariage, la jeune femme m’a appelé et m’a dit son désir de se convertir et de suivre Christ, ce qu’elle a fait par la prière.

Etienne Lhermenault