Enseignement

Conversion de Saul

À mesure que Saul poursuivait les chrétiens, sa haine contre eux s’accroissait, et, comme nous l’avons dit, dans son animosité contre le nom de Jésus et son désir de le faire disparaître de la terre, il résolut de poursuivre les disciples du Seigneur dans d’autres villes, où il pourrait s’en trouver.

Parmi ces villes, il y en avait une très grande et importante. C’était Damas, située à deux cent quarante kilomètres environ vers le nord de Jérusalem, ancienne cité plusieurs fois mentionnée dans l’Écriture même au temps d’Abraham (Genèse 14:15 ; 15:2), et qui existe encore maintenant. Elle compte environ 380 000 habitants, dont un dixième professent le christianisme. Là se trouvaient, au temps de Saul, un grand nombre de Juifs qui y avaient plusieurs synagogues, et parmi eux des disciples de Jésus. Comment y étaient-ils venus ? L’Écriture ne nous le dit pas, mais ils pouvaient avoir fait partie de ceux qui furent convertis le jour de la Pentecôte, ou bien être des Juifs chrétiens qui, après la mort d’Étienne, furent dispersés par la grande persécution qui s’était élevée.

Quoi qu’il en soit, Saul rempli de pensées de violence contre les disciples du Seigneur, et sachant qu’il en demeurait à Damas, demanda, comme nous l’avons vu, au souverain sacrificateur de lui donner, pour les synagogues de cette ville, des lettres qui l’autoriseraient à saisir les disciples de Jésus qui s’y trouveraient. Il voulait les amener liés, hommes et femmes, à Jérusalem, afin qu’ils y fussent punis. On peut penser si sa demande fut bien accueillie par ces chefs du peuple qui avaient haï le Seigneur et l’avaient fait mourir, et qui venaient de mettre à mort son fidèle témoin Étienne comme pour dire à Jésus : « Nous ne voulons décidément pas que tu règnes sur nous ».

Saul partit donc avec ses lettres. Représentons-nous cet homme, poursuivant son voyage en roulant des pensées de vengeance contre ces misérables Nazaréens qui, pensait-il, voulaient détruire la loi et s’opposaient à Dieu ; voyons-le blasphémant en lui-même contre Christ, qu’il regardait comme un imposteur, haïssant ainsi Dieu qu’il croyait servir. Mais n’avait-il pas eu le cœur touché en voyant la mort si glorieuse d’Étienne ? Non. N’avait-il pas compassion de ceux qu’il persécutait et qui souffraient avec tant de patience tous les outrages ? Non. Telle est la dureté, tel est l’aveuglement du cœur naturel. Saul, avec toute sa sincérité, sa droiture, sa moralité, sa religion, tout en croyant être agréable à Dieu courait tête baissée vers la perdition, puisqu’il rejetait Christ. Et il en est de même maintenant : avec la plus belle profession religieuse, si l’on n’a pas Christ, on est perdu.

Mais Dieu avait des pensées de grâce à l’égard de Saul, et Jésus, qu’il haïssait, le suivait du haut du ciel avec amour : le Seigneur voulait, non le perdre, mais le sauver.

Saul s’avançait sur la route de Damas avec son escorte ; peut-être étaient-ce des hommes que le souverain sacrificateur lui avait donnés pour l’aider à accomplir son dessein. Il approchait de la ville, lorsque, vers midi, tout à coup, avec la soudaineté d’un éclair, une lumière plus éclatante que la splendeur du soleil, brilla du ciel autour de lui et de ceux qui l’accompagnaient. Tous et Saul avec eux, saisis de crainte, tombèrent par terre, sous l’impression puissante de cette manifestation divine. Qu’était-ce donc ? Nous allons le voir. Du sein de cette gloire se fait entendre une voix. Quelqu’un se trouvait dans cette lumière céleste qui éclipsait celle du soleil. « Saul ! Saul ! » dit la voix, « pourquoi me persécutes-tu ? ». C’était quelqu’un qui connaissait Saul, quelqu’un qui voyait ce qui était dans le cœur de Saul, et qui suivait tous ses mouvements contre les disciples de Jésus. Saul savait que cette voix venait du ciel ; il savait aussi que l’Éternel habite dans la nuée, dans l’obscurité ; mais qui était celui qui habitait dans cette splendeur, dans cette gloire qui l’anéantissait, lui, Saul ? Il l’ignorait ; mais qu’il devait être grand et puissant ! Saul, abattu, prosterné contre terre, demanda : « Qui es-tu Seigneur ? ». Il reconnaissait que celui qui lui parlait était digne de ce nom de Seigneur. Et quelle dut être sa surprise, le saisissement de son âme, en entendant la voix lui dire : « Je suis Jésus que tu persécutes ! » Jésus ! Celui qui lui parlait du sein de la gloire divine, c’était le crucifié, le Nazaréen méprisé, celui que Saul pensait ne pouvoir assez haïr. Il n’était donc pas resté dans le sépulcre ; Dieu l’avait donc ressuscité d’entre les morts ; il était donc dans la gloire ; ce qu’Étienne avait dit avant de mourir était donc vrai ! Celui qui parlait était donc le Fils de Dieu, le resplendissement de sa gloire, et c’était Lui que Saul poursuivait de sa haine ! Quelle révolution dans le cœur et tout l’être du pharisien irréprochable gisant dans la poussière ! Tout ce dont il pouvait se glorifier devant les hommes, sa moralité, son zèle pour la loi, sa propre justice, tout était brisé, anéanti. Il était le premier des pécheurs, puisqu’il s’était opposé au Fils de Dieu, à Dieu lui-même. Et ces chrétiens, si misérables et si méprisables à ses yeux, étaient si précieux au Fils de Dieu dans la gloire, Lui étaient si étroitement unis, qu’ils ne faisaient qu’un avec Lui, et que les toucher seulement c’était porter atteinte au Christ ! Quelle révélation merveilleuse de ce qu’est Christ et de la place qu’occupent ceux qui Lui appartiennent ! Et ce sont des vérités précieuses pour nous aussi, que celles qu’apprenait Saul en ce moment solennel, et que plus tard il prêcha. Christ est le Sauveur dans la gloire, et les fidèles Lui sont unis comme membres de son corps.

Mais Jésus, qui a abattu l’orgueil de Saul et l’a convaincu de son état de péché, a autre chose à lui dire. Il a maintenant à lui parler de grâce, mais cela viendra plus tard, quand d’autres exercices de cœur et de conscience auront montré la réalité de l’œuvre accomplie dans l’âme du pharisien. Saul prosterné, humilié, reconnaissant les droits de Jésus sur lui, demande avec soumission : « Que dois-je faire, Seigneur ? ». Le Seigneur ne le lui dit pas, mais lui commande de se lever, et d’aller à Damas. Là, quelqu’un de ceux qu’il avait méprisés devait l’instruire, lui, le disciple de Gamaliel. Le Seigneur veut se servir maintenant d’un instrument pour parler à Saul. Celui-ci ne regimba pas contre les aiguillons, son cœur était soumis : il ne résista pas à la vision céleste. Il se leva, mais l’éclat de la gloire divine avait ôté à ses yeux, quoique ouverts, la faculté de voir les choses extérieures. Elles ne devaient pas le distraire de la contemplation des choses intérieures. Ceux qui étaient avec lui le conduisirent par la main. Le voilà dépendant, lui, l’homme indépendant qui ne suivait que ses propres pensées ; le voilà faible, lui, l’homme fougueux et impérieux ; il est brisé de toutes manières. Il est conduit à Damas, et là, durant trois jours, sans voir, ni manger, ni boire, en dehors du monde extérieur, il reste seul avec Dieu, repassant en lui-même la révélation merveilleuse qu’il avait eue, et, sous le poids de son péché, s’humiliant et priant. Quelle douleur, quelle repentance il devait éprouver ! Quelles angoisses dans son âme, en se voyant dépouillé de tout ce qu’il croyait être devant Dieu ! Il s’estimait juste, et sa justice n’était que des haillons souillés. Comment échapper ? Comment être sauvé ?

Dieu répond toujours à ces besoins d’une âme repentante, à ces prières d’un cœur brisé. Jésus s’était fait connaître à Saul dans sa gloire, afin de lui montrer son péché et son néant ; maintenant, il va se faire connaître à lui dans son amour, afin de gagner son cœur. Et c’est ainsi que Dieu fait toujours.

Il y avait à Damas un disciple nommé Ananias. Rien ne nous est dit de sa position sur la terre, rien ne nous est raconté de sa vie, avant ni après l’événement qui le met en rapport avec Saul de Tarse. Nous voyons seulement qu’il vivait dans l’intimité de Jésus qu’il connaissait. C’est le privilège de tout chrétien, de chacun de ceux qui ont saisi Jésus pour leur Sauveur. Le Seigneur s’adresse à Ananias, et celui-ci, sans éprouver nulle crainte, sans être jeté par terre comme Saul, en entendant cette voix divine, répond : « Me voici, Seigneur ». Qu’il est doux de connaître la voix de Jésus, et qu’il est bon d’être prêt à Lui obéir ! Et le Seigneur charge son fidèle disciple d’aller chercher le pécheur repentant, et, en lui rendant la vue, de lui annoncer le message de miséricorde. « Il prie », ajoute le Seigneur en parlant de Saul. Un homme qui prie et dont Dieu reconnaît la prière, est cher à son cœur. Quel privilège pour Ananias d’être choisi pour porter un tel message ! Mais il ne connaît Saul que comme le terrible persécuteur des saints, et il redoute d’aller le trouver. En toute simplicité, il expose ses craintes au Seigneur qui, plein de condescendance pour la faiblesse de son disciple, le rassure en lui disant : « Va car j’ai choisi cet homme pour porter mon nom devant les nations, et les rois, et les fils d’Israël, et je lui montrerai combien il doit souffrir pour mon nom ». Ananias obéit à son divin Maître, et va, messager de la grâce, annoncer au pécheur brisé la bonne nouvelle du pardon, de la part du même Seigneur qui lui était apparu dans sa gloire, et avait arrêté le persécuteur. « Saul, frère », lui dit-il, « le Seigneur, Jésus qui t’est apparu… m’a envoyé pour que tu recouvres la vue et que tu sois rempli de l’Esprit Saint ». Ananias lui impose les mains, et aussitôt Saul voit l’envoyé du Seigneur. Mais en même temps qu’il a la vue du corps, il a aussi la vue de l’âme qui lui fait discerner dans le Seigneur de gloire, le Sauveur crucifié pour ôter ses péchés — le Fils de Dieu qui l’a aimé et s’est livré pour lui. À l’avenir, il pourra dire et proclamer : « Cette parole est certaine et digne de toute acceptation, que le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont moi je suis le premier » (1 Timothée 1:15). Saul est baptisé et entre dans cette Église de Dieu qu’il persécutait et voulait détruire, et dont il va être le serviteur zélé. Il reçoit le Saint Esprit, qui, tout en rendant témoignage avec son esprit qu’il est enfant de Dieu, le remplit de puissance pour le service qu’il aura à remplir. Il se joint aux disciples qui étaient à Damas et qu’il voulait jeter en prison, et prêche avec force dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu.

Quel changement ! C’est le miracle de la grâce de Christ, pardonnant au plus grand pécheur, et gagnant le cœur le plus éloigné de Lui, pour en faire le disciple le plus fidèle, le serviteur le plus dévoué.

Nous ne sommes pas des Sauls, mais tous nous avons besoin de connaître le Fils de Dieu qui nous a aimés et s’est livré pour nous ; tous nous devons croire en Lui pour être sauvés ; tous nous pouvons jouir du privilège d’être ses disciples et ses serviteurs.

Je suis crucifié avec Christ ; et je ne vis plus, moi, mais Christ vit en moi ; — et ce que je vis maintenant dans la chair, je le vis dans la foi, la foi au Fils de Dieu, qui m’a aimé et qui s’est livré lui-même pour moi

(Galates 2:20)

Voilà la devise de Paul, puisse-t-elle être la vôtre !