Enseignement

Prédication à Antioche de Pisidie

Après avoir accompli l’œuvre que le Seigneur leur avait donnée à faire dans l’île de Chypre, les apôtres avec Marc partirent de Paphos pour se rendre en Asie. Ils débarquèrent dans la province de Pamphylie, au nord-ouest de Chypre, et se rendirent à Perge, ville principale de cette province. Cette ville existe encore et porte le nom de Karahisar ou Château-Noir.

C’est là que Jean, surnommé Marc, quitta Paul et Barnabas pour retourner à Jérusalem. Le motif ne nous en est pas donné ici, mais nous pouvons bien penser, d’après ce qui est dit plus loin, qu’il fut effrayé et découragé en voyant de près les difficultés de l’œuvre. Sa foi et sa confiance au Seigneur ne furent pas assez fortes pour lui faire affronter les luttes et les combats pour l’Évangile. Mais il est doux de penser que ce ne fut que pour un temps. Le Seigneur, dans sa grâce, l’enseigna et le fortifia pour son service. Longtemps après, il était auprès de Paul, alors en prison à Césarée, et l’apôtre, dans son épître aux Colossiens, leur recommande de le recevoir s’il venait vers eux. Il le comptait au nombre de ses compagnons d’œuvre, et écrivant à Timothée, il lui dit de le lui amener, parce qu’il lui était utile dans le service. L’apôtre Pierre, avec qui il était à Babylone, le nomme son fils (*), et enfin le Seigneur le choisit pour écrire l’évangile qui porte son nom, lui assurant ainsi un précieux service qui durera aussi longtemps que l’Église. Telle est la grâce et la puissance du Seigneur. Il ne brise pas le roseau froissé, mais se glorifie dans les faibles.

(*) Colossiens 4:10 ; 2 Timothée 4:11 ; 1 Pierre 5:13.

Paul et Barnabas s’en allèrent donc seuls dans une contrée inconnue d’eux, pour y annoncer l’Évangile. Ils rencontraient bien partout des synagogues juives, mais partout aussi les Juifs incrédules se montraient les adversaires acharnés des apôtres, de leur doctrine, et du nom de Jésus.

Nous ne savons pas si, en passant à Perge, ils y annoncèrent l’Évangile. Ils traversèrent le pays et arrivèrent à une ville nommée Antioche, comme celle d’où ils étaient partis, mais située dans la province de Pisidie au nord de la Pamphylie. Cette ville, dont il n’existe plus que des ruines magnifiques qui parlent de son ancienne grandeur, était située sur le flanc du mont Taurus, non loin d’un beau lac. Mais si la ville avec sa splendeur a disparu de la surface de la terre, il y aura dans le ciel des monuments impérissables formés au milieu d’elle, des âmes sauvées, fruit du travail des envoyés du Seigneur.

Paul et Barnabas, suivant leur coutume, se rendirent d’abord, le jour du sabbat, dans la synagogue où les Juifs s’assemblaient pour la prière et pour entendre la lecture de la loi et des prophètes. Comme ils étaient étrangers, leur présence fut bientôt remarquée, et les chefs de la synagogue, ceux qui présidaient les exercices religieux, les reconnaissant sans doute pour des Juifs lettrés, leur envoyèrent dire d’adresser, s’ils le désiraient, une parole d’exhortation au peuple. Les apôtres avaient, en effet, une parole, une précieuse parole pour ceux qui se trouvaient rassemblés dans la synagogue. C’était pour l’annoncer que Dieu les avait envoyés et qu’Il avait mis au cœur des chefs de la synagogue de les engager à parler. Quelle était donc cette parole ? Celle du salut par Christ, la parole de la réconciliation.

Ce fut Paul par qui l’Esprit de Dieu s’adressa aux Juifs d’Antioche en ce jour de sabbat. C’était un jour bien sérieux que celui où, pour la première fois, l’Évangile leur était annoncé. Il s’agissait, pour ceux qui l’entendaient, de croire et d’être sauvés, ou bien, en étant incrédules et en restant dans leurs péchés, de risquer de périr pour toujours.

Paul se leva donc pour prêcher Jésus. Avec quelle joie il le faisait ! Lui qui avait été un Juif persécuteur et blasphémateur, mais qui avait trouvé grâce et avait appris à connaître l’amour de Christ, combien ardemment il désirait que ceux de sa nation, le peuple que Dieu avait tant béni et à qui étaient les promesses (Romains 9:3-5), crussent en Celui en qui toutes les promesses avaient leur accomplissement. C’était là ce qui remplissait le cœur de Paul, comme nous le voyons par son discours.

Il n’y avait pas que des Juifs dans son auditoire, mais aussi des prosélytes qui craignaient Dieu. Paul s’adresse à tous : il rappelle d’abord les grâces dont Dieu avait comblé le peuple d’Israël en le choisissant, en le tirant d’Égypte et en l’introduisant en Canaan. Puis il arrive rapidement au choix que Dieu avait fait de David comme roi, en disant : « J’ai trouvé David, le fils de Jessé, un homme selon mon cœur, qui fera toute ma volonté ». Mais si Paul parle de David, c’est pour annoncer à ses auditeurs Celui que Dieu a fait naître dans la postérité de David pour être Sauveur à Israël, c’est-à-dire Jésus. « Hommes frères », dit-il, « fils de la race d’Abraham, à vous et à ceux qui parmi vous craignent Dieu, la parole de ce salut est envoyée ». Et il montre comment les habitants de Jérusalem, la cité privilégiée, et les chefs du peuple, n’ayant pas reconnu Jésus comme le Christ, ni compris les prophètes qui parlent de Lui et qu’ils lisaient cependant chaque jour de sabbat, avaient, sans le savoir, accompli leurs paroles en jugeant et en condamnant Jésus, et en demandant à Pilate de le faire mourir, bien qu’ils n’eussent trouvé en Lui aucun mal.

« Et après qu’ils eurent accompli toutes les choses qui sont écrites de Lui », continue Paul, — choses relatives à ses souffrances et à sa mort, et que nous pouvons lire spécialement dans le Psaume 22 et le chapitre 53 du prophète Ésaïe, — quand Jésus fut mort sur la croix, « ils le descendirent du bois et le mirent dans un sépulcre ».

Mais pouvait-il rester dans le sépulcre ? Non ; « Dieu l’a ressuscité d’entre les morts », dit Paul. Durant plusieurs jours, il a été vu de ses disciples, de ceux « qui sont maintenant ses témoins auprès du peuple » en Judée. Et, tandis que l’Évangile était prêché là où Jésus avait vécu, avait souffert, était mort et avait été ressuscité, Dieu le faisait proclamer aussi au loin. « Et nous », dit l’apôtre, « nous vous annonçons la bonne nouvelle quant à la promesse qui a été faite aux pères, que Dieu l’a accomplie envers nous, leurs enfants, ayant suscité Jésus ; comme aussi il est écrit dans le Psaume second : « Tu es mon Fils, moi je t’ai aujourd’hui engendré ». Ce Jésus, mis à mort sur une croix infâme, était le Fils de Dieu. Et comment cela a-t-il été démontré ? Par la résurrection. Paul ajoute, en citant encore les Écritures : « Or qu’il l’ait ressuscité d’entre les morts… il l’a dit ainsi :… Tu ne permettras pas que ton saint voie la corruption ». Ce sont les paroles de David, au Psaume 16. Mais David ne parlait pas de lui-même, car lui a vu la corruption, « mais Celui que Dieu a ressuscité n’a pas vu la corruption ».

Paul ayant ainsi parlé de la mort et de la résurrection de Jésus, montre à ses auditeurs le résultat glorieux de l’œuvre de Christ : « Sachez donc, hommes frères, que par lui vous est annoncée la rémission des péchés, et que de tout ce dont vous n’avez pu être justifiés par la loi de Moïse, quiconque croit est justifié par lui ».

C’est ainsi que, de même que Pierre l’avait annoncé à Corneille, Paul proclame aussi la rémission des péchés par Jésus, le Sauveur, pour quiconque croit. C’était la parole du salut, la bonne nouvelle de l’accomplissement des promesses de grâce.

Paul termine son discours par une solennelle exhortation à ne pas mépriser un si grand salut.

Tel fut l’Évangile annoncé en ce jour à Antioche de Pisidie ; tel est l’Évangile proclamé encore aujourd’hui. C’est Jésus, sa mort pour nos péchés, sa résurrection pour notre justification, la rémission des péchés accordée à cause de Lui à quiconque croit. Il n’y a pas d’autre voie de salut, et si quelqu’un la méprise, quel espoir y a-t-il pour lui ?

Quel fut le résultat de cette prédication puissante ? Elle avait certainement frappé tous les auditeurs, car on demanda aux apôtres d’exposer de nouveau ces vérités le sabbat suivant. Mais il y eut plus ; plusieurs des Juifs et des prosélytes qui servaient Dieu, furent saisis par la grâce du Seigneur et suivirent Paul et Barnabas qui les exhortèrent à persévérer. Car il ne suffit pas d’avoir écouté la Parole, ni même de l’avoir aussitôt reçue avec joie, il faut persévérer : « Ce qui est dans la bonne terre, ce sont ceux qui, ayant entendu la parole, la retiennent dans un cœur honnête et bon, et portent du fruit avec patience » (Luc 8:15).

Le sabbat suivant arriva ; le bruit de la prédication des apôtres s’était répandu, et presque toute la ville se rassembla pour entendre la parole de Dieu. Cela aurait dû remplir de joie les Juifs, s’ils avaient eu vraiment à cœur le bien des âmes et la gloire de Dieu ; au lieu de cela, ils furent remplis de jalousie en voyant que d’autres qu’eux-mêmes étaient écoutés des foules. Au lieu de chercher si c’était bien la vérité selon les Écritures que Paul et Barnabas annonçaient, ils se mirent à les contredire et à blasphémer le saint nom du Seigneur. Quelle triste condition ! Ils se fermaient à eux-mêmes la voie du salut, et non seulement cela, ils voulaient empêcher que les nations fussent sauvées. C’était l’œuvre de Satan.

Paul et Barnabas leur adressent alors des paroles sévères : « C’était à vous premièrement », leur disent-ils, « qu’il fallait annoncer la parole de Dieu ; mais puisque vous la rejetez, et que vous vous jugez vous-mêmes indignes de la vie éternelle, voici, nous nous tournons vers les nations ».

Quel terrible sort ! Se juger indignes de la vie éternelle ; en rejetant le Seigneur, être rejeté soi-même et périr ; voilà ce qui attend le pécheur impénitent.

Mais la grâce que les Juifs rejettent, se tourne vers les gentils, méprisés par eux. Paul et Barnabas rappellent aux Juifs les paroles d’Ésaïe : « Je te donnerai aussi pour être une lumière des nations, pour être mon salut jusqu’au bout de la terre » (Ésaïe 49:6). C’est Jésus rejeté par les Juifs, qui est cette lumière qui maintenant nous éclaire, c’est Lui qui est ce salut annoncé partout par les serviteurs du Seigneur.

La grâce rejetée par les Juifs se tourne vers les gentils qui se réjouirent d’apprendre qu’ils étaient les objets de l’amour de Dieu. Mais cela ne suffit pas, il faut croire, recevoir dans son cœur la parole de Dieu, pour posséder la vie éternelle. Il y eut plusieurs de ces gentils d’Antioche en qui la semence jetée porta son fruit, qui crurent et furent sauvés. Et la parole du Seigneur, présentée par ses serviteurs, ne borna pas son effet à Antioche ; elle se répandit dans tout le pays.

Mais l’ennemi ne dormait pas. Il se servit de la jalousie et de la méchanceté des Juifs qui excitèrent contre les apôtres les femmes de qualité qui étaient prosélytes, et auxquelles leur position donnait de l’influence. Ils leur représentèrent, sans doute, Paul et Barnabas comme des séducteurs religieux apportant des doctrines pernicieuses. Ils s’adressèrent aussi aux principaux de la ville près de qui, peut-être, ils firent passer les apôtres comme des perturbateurs de la tranquillité publique ; ils suscitèrent ainsi une persécution contre Paul et Barnabas qui furent chassés du territoire d’Antioche.

Mais cela anéantissait-il l’œuvre accomplie par la grâce de Dieu ? En aucune manière. Des âmes avaient été arrachées à la puissance de Satan, sauvées pour l’éternité, et ajoutées à l’Assemblée. « Les disciples », malgré la persécution, « étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint », trésor précieux, que nul ne peut ravir à qui le possède.