Enseignement

Le grand persécuteur devenu l’apôtre des nations

Le Seigneur voulait que la bonne nouvelle du salut fût annoncée aux nations, jusqu’aux bouts de la terre, afin que ceux qui croiraient fussent sauvés et entrassent aussi dans son Assemblée. Les disciples, que la persécution avait chassés de Jérusalem, s’étaient répandus au loin et avaient annoncé la parole de Dieu. Quelques-uns même, étant venus à Antioche, ne s’étaient pas contentés de parler aux Juifs, mais avaient commencé à évangéliser les Grecs, et le Seigneur avait béni leur parole. Philippe aussi avait annoncé la bonne nouvelle à un Éthiopien, qui avait cru au Seigneur Jésus, et avait été baptisé.

C’était le commencement de la grande œuvre de l’évangélisation des nations. Jusqu’alors elles avaient été sans Dieu et sans espérance (Éphésiens 2:12) dans le monde, mais la lumière s’était levée pour elles aussi ; Christ étant mort sur la croix pour le salut de tous, voulait attirer tous les hommes à Lui.

Mais quand Dieu veut accomplir une grande œuvre, il se choisit un instrument qu’il prépare dans ce but. Ainsi Moïse fut choisi et préparé pour être le libérateur d’Israël ; dans un temps plus voisin de nous, Luther et d’autres furent, en différents pays, choisis et préparés de Dieu pour accomplir dans l’Église déchue, la grande œuvre de la Réformation. Pour l’évangélisation des nations, Dieu choisit aussi un homme qu’il prépara, auquel il donna les qualités nécessaires et qu’il appela par sa grâce et sa puissance quand le temps fut venu. Cet homme n’était pas un païen converti, mais un Juif ; et pour montrer sa gloire et sa grâce souveraine, Dieu choisit le Juif le plus attaché au judaïsme et le plus ennemi de Christ et de ses disciples.

C’était ce jeune homme nommé Saul, qui était témoin de la mort du fidèle martyr Étienne, et qui y consentait ; qui, ensuite, plein de fureur contre les chrétiens, les poursuivait jusque dans leurs maisons et les traînait en prison. C’est ce terrible persécuteur que Dieu avait choisi dès sa naissance pour faire de lui un de ses serviteurs les plus fidèles, afin qu’il annonçât la foi que d’abord il voulait détruire. Je désire retracer ici son histoire, histoire merveilleuse qui nous montre la puissance et l’étendue de la grâce de Dieu agissant dans un homme, histoire liée intimement à celle de l’Assemblée dans les premiers temps, tandis que, par ses écrits inspirés de Dieu, ce fidèle serviteur du Seigneur continue et continuera jusqu’à la fin à instruire et à édifier l’Assemblée de Dieu.

Saul était né à Tarse, ville de Cilicie dans le sud-est de la Turquie actuelle, qui subsiste encore. C’est maintenant une ville de peu d’importance, mais alors c’était une cité grande, populeuse, commerçante, riche, et renfermant des écoles célèbres. Bien que Juif, descendu de parents juifs et de la tribu de Benjamin, Saul, par sa naissance, était citoyen romain. Ce titre conférait de grands privilèges. La personne d’un citoyen romain était sacrée, pour ainsi dire. Il était interdit de le châtier ou de l’emprisonner sans jugement ; certaines peines, par exemple celles du fouet et de la crucifixion, ne pouvaient lui être infligées, et il avait toujours le droit, en dernier ressort, d’en appeler à l’empereur lui-même.

Nous ne savons rien des parents de Saul, sinon que son père était pharisien. Peut-être ne restèrent-ils pas à Tarse, mais vinrent-ils à Jérusalem, car Saul fut, dit-il lui-même, élevé dans cette dernière ville (Actes 22:3). Il avait une sœur, dont le fils se retrouve à Jérusalem dans une circonstance importante de la vie de Saul, devenu l’apôtre Paul (Actes 23:16) : ce jeune homme ayant entendu parler d’un complot contre la vie de son oncle, le fit connaître à l’officier qui le gardait. Dieu se servit ainsi de ce jeune homme pour garantir la vie de son serviteur.

Quelques parents de Saul sont encore mentionnés par lui dans l’épître aux Romains. Deux d’entre eux, nommés Andronique et Junias, étaient des chrétiens éminents par leurs services dans l’Assemblée : « Distingués parmi les apôtres », dit Paul, en les faisant saluer. Ils avaient été convertis avant lui, et, comme lui, avaient été prisonniers pour le Seigneur. Un autre parent de Paul, qui se trouvait aussi dans l’assemblée à Rome, se nommait Hérodion, mais nous n’avons sur lui aucun détail (Romains 16:7 ; 11). Remarquez comme tout est simple dans les écrits divins ; le grand but de Dieu est de se faire connaître à nous ; de nous révéler le salut et le chemin du ciel ; il n’y a donc rien dans ces saints écrits pour satisfaire la curiosité.

Nous aimerions bien avoir, par exemple, quelques détails sur la personne de Saul ; savoir quel extérieur il avait. Mais cela n’importait pas à l’œuvre pour laquelle Dieu le préparait. Dieu se sert de ce qui n’a pas d’apparence, de ce qui est chétif et faible, comme il peut se servir de ce qui est grand et beau extérieurement. Il ne nous est rien dit de la taille, ni de la figure, ni des manières du Seigneur, ni d’aucun apôtre. Quant à Saul, il semblerait, d’après ce qu’il dit de lui-même, que son extérieur était plutôt chétif et méprisable, et que sa parole n’avait rien d’attrayant (2 Corinthiens 10:10 ; 12:7 ; 1 Corinthiens 2:3 ; Galates 4:14), mais la puissance du Seigneur, pour accomplir son œuvre par le moyen de cet instrument sans apparence, n’en ressort que plus admirablement.

Mais si l’instrument que Dieu préparait pour annoncer l’Évangile au loin parmi les nations, n’avait pas un extérieur qui le recommandât, Dieu lui avait dispensé des dons naturels d’intelligence, auxquels s’ajoutaient des connaissances diverses, en attendant les connaissances et l’intelligence spirituelle sans lesquelles on ne peut pénétrer dans les choses de Dieu. Saul fut sans doute élevé comme les autres jeunes Juifs, apprenant dans les écoles à lire et à connaître la loi et le Talmud. Il acquit aussi une certaine connaissance des auteurs grecs, langue qui était parlée dans l’Orient et qui est celle dans laquelle le Nouveau Testament a été écrit. De plus, comme c’était la coutume chez les Juifs, même lorsqu’ils étaient riches et qu’ils avaient étudié pour être rabbis, ou docteurs de la loi, Saul avait appris un métier. Il était faiseur de tentes. Nous le voyons plus tard, tout en annonçant l’Évangile, exercer ce métier et pourvoir ainsi à ses besoins et même à ceux de ses compagnons de travaux (Actes 20:34).

Nous ne savons pas à quel âge il vint à Jérusalem, mais c’est là qu’il fut élevé et poursuivit ses études afin de devenir rabbi, aux pieds, c’est-à-dire sous les soins et l’autorité de Gamaliel. Celui-ci était un docteur célèbre, vénéré parmi les Juifs, et que nous avons vu prendre le parti de Pierre et de Jean dans le sanhédrin, quand les autres Juifs voulaient les faire mourir. Saul fut donc instruit par Gamaliel selon l’exactitude de la loi et devint zélé pour Dieu. Il se livrait avec application à l’étude et avançait dans le judaïsme plus que plusieurs de son âge, étant le plus ardent à s’attacher aux traditions que les docteurs de la loi avaient ajoutées à la parole de Dieu, sous prétexte de l’expliquer, et qui souvent l’annulaient, comme le disait le Seigneur Jésus aux pharisiens.

Ce n’est pas seulement par son intelligence et ses progrès dans les études, que le jeune Saul se distinguait ; il avait aussi à cœur de vivre selon les enseignements de la loi en toute bonne conscience, s’appliquant à faire tout ce que la loi et les traditions prescrivaient. Il était donc pharisien, comme ses ancêtres. Les pharisiens étaient, parmi les Juifs, la secte la plus exacte de leur culte, opposée aux sadducéens matérialistes et amateurs des biens de ce monde. Ils conservaient et gardaient avec soin les vérités importantes du jugement, de la résurrection, d’une vie éternelle après celle-ci, et de l’existence du monde invisible des esprits ; d’un autre côté, ils observaient avec un soin extrême toutes les ordonnances de la loi et ce que les traditions des anciens y avaient ajouté. Garder la loi était une bonne chose, mais pour le plus grand nombre, la piété n’était qu’une forme et un moyen de s’attirer de la considération parmi les hommes. C’est pourquoi le Seigneur les appelle des hypocrites.

Tel n’était pas Saul. Il était sérieux, sincèrement zélé pour Dieu, et quant à la justice selon la loi, sans reproche. Il était tout entier et de cœur pour ce judaïsme qu’il estimait la vraie religion, il rejetait loin de lui les vanités et les plaisirs du monde qui l’entourait et ne voulait que servir Dieu. C’était bon dans un sens, mais son zèle était aveugle, il ne se connaissait pas lui-même comme un pauvre pécheur perdu et voulait, pour être sauvé, établir sa propre justice devant Dieu.

Il était sans doute à Jérusalem quand Jésus avait été saisi, condamné injustement et crucifié. Saul avait donc entendu parler de ses miracles et de sa résurrection. Mais aveuglé par son propre cœur, et écoutant les enseignements de ses maîtres, les docteurs juifs, il avait peut-être, comme eux, attribué à Satan les miracles du Seigneur et ajouté foi à la fable que ses disciples avaient enlevé son corps pour faire croire à sa résurrection. Comme ses maîtres, il pensait aussi que Christ avait voulu détruire le temple et abolir la loi, et que les chrétiens seraient cause que les Romains anéantiraient la nation juive. Et Saul, sans examiner si ses maîtres disaient vrai, s’était mis à haïr le nom et la personne de Christ, ainsi que ses disciples. En cela, il ne faisait que suivre la pente naturelle de nos pauvres cœurs, ennemis de Dieu, tout en croyant souvent le servir. Il n’y avait donc rien que Saul ne crût devoir faire contre Christ et les siens. Il avait déjà montré sa haine par sa conduite à la mort d’Étienne qu’il approuvait. Et bien loin que les paroles d’amour du martyr mourant eussent touché son cœur, sa fureur contre les chrétiens n’avait fait que s’accroître. Tel est l’homme dans son état de péché, même l’homme religieux quand il n’a pas la vie de Dieu. Il se montre plus acharné même que le monde contre les enfants de Dieu. L’amour de Jésus n’avait rencontré que la haine chez les Juifs ; l’amour et la patience des disciples ne rencontraient que la haine chez Saul et les principaux chefs des Juifs.

Saul avait commencé à persécuter les chrétiens à Jérusalem. Il y mettait toute l’énergie de sa nature, entrant dans les maisons, traînant en prison les hommes et les femmes, donnant sa voix quand on les faisait mourir, les contraignant par la violence, dans les synagogues, à blasphémer le nom de Jésus, et les persécutant outre mesure. Non content d’exercer sa fureur à Jérusalem, il voulut poursuivre les chrétiens même dans les villes étrangères. Dans ce but, il demanda au souverain sacrificateur et aux anciens des lettres pour l’autoriser à saisir, dans les synagogues des autres villes, ceux qui confesseraient le nom de Christ, afin de les amener à Jérusalem pour qu’ils y fussent jugés. Tout cela il le faisait dans l’ignorance, croyant rendre service à Dieu ; mais cela ne l’excusait pas. L’ignorance n’excuse jamais le mal. Lui-même, Paul, reconnaît qu’il était un outrageux, un blasphémateur, le premier des pécheurs, et s’accuse avec douleur et humiliation d’avoir persécuté l’Église de Dieu (1 Timothée 1:13 ; 1 Corinthiens 15:9).

Avec toute sa religion et sa justice selon la loi, avec sa bonne conscience, Saul courait tête baissée dans le grand chemin de la perdition, quand le Seigneur, que lui haïssait, vint dans sa grâce, l’arrêter et le sauver. Comment ?